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09.06.17

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Le réseau de bénévoles CAP’AILES, pour soutenir les jeunes en situation d’illettrisme

En 2011, la Maison de l’emploi et de la formation du Sud-Ouest de l’Oise (60), qui porte la Mission Locale, a impulsé la mise en place d’un réseau de formateurs bénévoles pour soutenir les publics qui rencontrent des difficultés avec l’écrit. Constitué avec le soutien de l’Union régionale de lutte contre l’illettrisme en Picardie (URLIP), ce réseau permet aux jeunes qui le souhaitent d’être appuyés dans l’apprentissage des savoirs de base. Nadine Martin, conseillère, revient sur cette démarche, qui implique un ensemble d’acteurs sur le territoire.

Comment est abordée la question de l’illettrisme au sein de votre structure ?

Tout est parti du « cahier de passage » que complète chaque jeune qui se présente pour la première fois à la Mission Locale. Il y a quelques années, nous demandions aux jeunes de compléter des informations assez simples : nom, prénom, adresse et numéro de téléphone.

Déjà, nous avions constaté que certains jeunes rencontraient des difficultés pour compléter les champs demandés. Cela nous avait interpellés sur le niveau de compréhension écrite d’une partie de notre public. L’agent d’accueil de la structure était particulièrement vigilant pour aider les jeunes qui en avaient besoin pour compléter cette fiche.

Mais nous savions aussi que ce type d’informations ne pouvait suffire pour déceler tous les jeunes en situation d’illettrisme. En effet, il s’agit d’informations assez simples demandées couramment et les personnes contournent facilement leur difficulté à la lire en devinant les réponses à apporter.

Au fil du temps, nous avons donc élargi les champs à compléter par des questions à réponses libres sur les besoins, les envies et les goûts de la personne. A la condition que les jeunes qui en ont le besoin, puissent être aidés pour compléter ce petit questionnaire, cela nous semblait être un bon moyen pour évaluer leur niveau de compréhension écrite des jeunes et leur capacité à écrire.

Quels sont les constats que vous avez tirés de cette expérimentation ?

Nous nous sommes aperçus qu’un jeune sur dix qui se présentait pour la première fois à l’accueil de la Mission Locale rencontrait des difficultés avec la lecture et l’écriture. Nous n’avions pas imaginé que cette proportion serait aussi importante !

Au sein de la Mission Locale, le public a librement accès à un espace informatique, comment les situations d’illettrisme peuvent-elles être observées dans ce cadre ?

Un professionnel est présent sur l’espace informatique, ce qui lui permet d’identifier les jeunes qui ne maîtrisent pas les compétences de base en informatique et ceux pour lesquels cette difficulté est liée à des problèmes de compréhension de l’écrit.

Le numérique est un bon moyen d’aborder les questions d’illettrisme avec les jeunes, notamment parce que, dans notre société, il est admis de ne pas être à l’aise avec l’informatique. Ce qui est bien différent avec l’écriture et la lecture, les jeunes ont souvent, en effet, honte d’avouer leurs difficultés dans ces domaines.

Comment accompagnez-vous les jeunes qui rencontrent des difficultés avec l’écrit ?

La question du premier contact avec les jeunes et de la manière dont nous, professionnels de l’accompagnement, réagissons face aux difficultés qu’ils rencontrent, est déterminante et je veux insister là-dessus. Il faut que nous mettions le jeune en confiance, en ne dramatisant pas la situation.

Lorsque l’agent d’accueil ou un conseiller repère un jeune en difficulté sur ces questions, il m’en informe, en me transmettant une petite fiche d’informations. Le jeune est invité à me rencontrer et je lui propose alors d’être accompagné sur ce plan par un bénévole du réseau que nous avons constitué, le réseau CAP’AILES. Je suis présente lors de la première rencontre entre le jeune et le bénévole que j’ai identifié pour l’accompagner, en fonction de ce que j’ai pu percevoir de leurs personnalités respectives, de leurs centres d’intérêts communs.

Ensuite, si la rencontre se passe bien et que le jeune souhaite poursuivre cet accompagnement, ce dernier rencontre son accompagnateur une fois par semaine, toujours sur le même créneau, dans les locaux de la Mission Locale.

Il faut que le jeune ait envie de s’engager dans cette démarche et que nous avancions ensemble. Tous les jeunes n’ont pas les mêmes besoins et l’acquisition des savoirs de base peut passer par toute sorte d’activité : de la préparation à l’entrée dans une formation à l’organisation d’un déplacement à Paris par exemple.

L’essentiel est que les jeunes se réapproprient leurs compétences et connaissances à travers un projet qui leur tient à cœur ou plus simplement un sujet, une activité qu’ils aiment.

Comment le réseau CAP’AILES a-t-il été constitué ?

Ce réseau existe depuis 2012. Tous les bénévoles ont été formés par l’Union régionale de lutte contre l’illettrisme en Picardie (URLIP).

La formation des bénévoles est dispensée sur 5 jours en général, au cours desquels va principalement être travaillée la posture vis-à-vis des jeunes : comment valoriser leurs connaissances, leurs ressources…

Les bénévoles déjà formés participent à ces journées pour partager leur expérience et, tous les ans, nous organisons deux sessions d’échanges de pratiques entre bénévoles.

Chaque bénévole peut accompagner jusqu’à trois jeunes, mais l’accompagnement de chacun des jeunes se fait de manière individuelle.

Quels sont les partenariats que vous entretenez avec les autres acteurs dans ce domaine sur votre territoire ?

Plusieurs associations sont membres du réseau telles que le Secours catholique, l’association Trait d’Union ou encore l’association « sous le soleil des tropiques ». En tant que Mission Locale, il est important que nous ayons une connaissance actualisée des acteurs en présence sur notre territoire afin de les mobiliser en fonction des besoins des jeunes que nous accompagnons. Pour cela, je tiens une base de données que je mets à jour tous les ans.

Au démarrage, en 2012, nous avions également tenu à ce que chaque structure de notre territoire qui est en contact avec le public jeune ait une personne formée sur ces questions. Ce fut le cas au sein de Cap emploi, du centre communal d’action sociale (CCAS) et d’associations partenaires, qui ont participé aux formations dispensées par l’URLIP.

Et nous travaillons bien sûr de manière très étroite avec le Conseil Régional sur ces questions, notamment en proposant aux jeunes de s’inscrire sur le dispositif « Objectif compétences clés » mis en place par l’Etat et la Région. L’accompagnement que nous proposons les prépare à entrer sur ce dispositif.

Chaque année au mois de juin, nous présentons un bilan de notre action, auquel les partenaires, dont la Région, assistent systématiquement.

Pour en savoir plus :

Sur le forum PEPS, accédez à la présentation du réseau CAP’AILES (histoire, fonctionnement, partenaires).

Contactez Nadine Martin, référente de l’action à la Maison de l’emploi et de la formation du Sud Ouest de l’Oise.


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