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17.10.18

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« A travers les ateliers, on se rend compte que chacun peut agir à son échelle »

Propos de Valentin Bonhoure. Le 19 septembre, 28 jeunes accompagnés par la Mission Locale de Montpellier Méditerranée Métropole ont été invités par l’Ecole de la deuxième chance à se rendre au Camp des Milles, un ancien centre d’internement et de déportation, à Aix-en-Provence. Valentin Bonhoure, 21 ans, faisait partie des 290 jeunes venus de 8 régions qui ont participé à cette visite. Il revient sur son déroulé et les suites concrètes qui pourraient lui être données par le collectif des jeunes en mission de Service Civique que la Mission Locale accompagne.

290 jeunes ont participé à la sortie au Camp des Milles

Pouvez-vous revenir brièvement sur votre parcours et la mission de Service Civique que vous réalisez actuellement ?

L’an dernier, j’ai mis un terme à mes études en animation 3D car je ne m’y retrouvais plus. J’avais envie de faire un break. Je connaissais la Mission Locale par ma sœur, qui s’y était déjà rendue. Je me suis présenté et c’est Lisa Suire, qui anime un collectif de jeunes, qui m’a proposé de venir à une réunion pour découvrir le Service Civique et rencontrer d’autres jeunes.

Depuis le mois de juin, je suis « ambassadeur de la mobilité ». Mon rôle est d’aller au contact des jeunes qui viennent à la Mission Locale ou que je peux rencontrer dans d’autres lieux pour échanger avec eux sur les problèmes qu’ils rencontrent pour se déplacer sur le territoire de Montpellier et au-delà. Je partage aussi mon expérience de la mobilité internationale car à travers ma mission de Service Civique, j’ai moi-même réalisé une mobilité en Espagne, où j’ai participé à un chantier solidaire.

Comment le projet d’une visite au Camp des Milles est-il né ?

Un jeudi sur deux, les jeunes en mission de Service Civique à la Mission Locale et dans d’autres associations à Montpellier se retrouvent dans le cadre du « collectif jeunes ». C’est un moment où l’on échange sur des sujets d’actualité, sur nos missions de Service Civique et où l’on réfléchit aux actions ou aux projets que l’on veut monter en commun, à deux ou à trois.

C’est dans le cadre de ce collectif que l’on nous a proposé cette sortie au Camp des Milles. Pour nous, ça avait du sens, c’est une manière d’appréhender concrètement la question de la citoyenneté. On a donc répondu positivement et proposé à d’autres jeunes de se joindre à nous.

La première partie de la visite consistait en un retour sur l’histoire du Camp des Milles, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

A l’origine, le Camp des Milles était une Tuilerie. Pendant la seconde guerre mondiale, des prisonniers étrangers y ont été internés, dans des conditions extrêmes, puis c’est devenu un lieu d’internement pour des juifs. Hommes et femmes travaillaient dans ce camp avant d’être déportés en train vers Auschwitz. C’est très poignant de voir les conditions dans lesquelles étaient retenues ces personnes et le sort qui leur était réservé.

Ce qui m’a le plus marqué au cours de cette première partie de la visite, c’est le cabaret qui avait été créé au sein du Camp des Milles et le fait que ça ait été toléré par l’administration du camp, pour maintenir l’ordre. Ce cabaret a été reconstitué en place et lieu de l’original. On peut y lire les messages de rébellion gravés sur les murs et y ressentir l’ambiance de l’époque.

On découvre ensuite que ce type de lieu et le traitement réservé aux personnes n’est pas une exception dans l’histoire…

Effectivement, la suite de la visite nous amène à réfléchir sur le côté non exceptionnel de ce qui s’est passé au Camp des Milles. Des messages sont projetés au mur et font référence à d’autres contextes et d’autres époques, comme le génocide qui a eu lieu au Rwanda dans les années 1990. On voit comment certaines conditions, un contexte social et économique, peuvent amener jusqu’à de tels événements et on comprend que tout ne s’est pas fait « d’un coup ».

En petits groupes, on nous a proposé de réfléchir autour d’un thème. Au sein du groupe dans lequel j’étais, nous avons réfléchi à la question du racisme. Nous devions décrire et réagir à des photos qui représentaient des scènes de la vie quotidienne. L’objectif était de nous faire prendre conscience que nous avons tous des préjugés, qui peuvent aller jusqu’à avoir des comportements racistes ou s’en rapprocher.

Cette journée a-t-elle changé concrètement votre manière d’agir au quotidien ?

C’est certain ! A la base, j’avais un regard assez distant sur toute cette histoire. Et même après la visite, c’est difficile d’imaginer tout ce qui a pu se passer au Camp des Milles. Mais le fait d’être sur le site, ça fait prendre une autre dimension à cette histoire. Émotionnellement, il y a une telle charge que c’est beaucoup plus concret que ce que l’on a pu voir dans nos cours d’histoire au collège.

A travers les ateliers, on se rend compte que chacun peut agir à son échelle comme « Les Justes » l’ont fait pendant la seconde guerre mondiale, en mettant leur vie en péril.

A titre personnel, au quotidien, je me pose désormais toujours la question des préjugés que je peux avoir et qu’il faut que je dépasse quand je rencontre une personne, parce qu’on est tous formaté.

Des suites vont-elles être données à cette visite ?

On y réfléchit dans le cadre du collectif jeunes et on a plusieurs pistes : organiser un débat sur la citoyenneté en projetant le film qui a été réalisé lors de la visite ; réaliser des œuvres d’art à partir de la visite et les exposer. On va définir ça dans les prochaines semaines.

Pour en savoir plus :

Financée par la Fondation EDF, la sortie du 19 septembre au Camp des Milles a réuni 290 jeunes venus de 8 régions de France, dont 28 jeunes de la Mission Locale de Montpellier Méditerranée Métropole, invités par l’Ecole de la deuxième chance de Montpellier.

Depuis deux ans, un collectif de jeunes s'est créé au sein de la Mission Locale de Montpellier Méditerranée Métropole, réunissant des jeunes en Service Civique à la Mission Locale, dans différentes structures de la ville (via l’intermédiation principalement) et d’anciens volontaires. Une vingtaine de jeunes se réunit tous les quinze jours afin de partager leurs expériences d’engagement, et de créer des projets en commun. Le collectif de jeunes travaille en ce moment autour de la création d’une exposition sur le thème des discriminations, afin de poursuivre le travail de réflexion entamé au Camp des Milles.


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